Écologiste…
par peur ou par amour?

Une réflexion d'Odette Laroche-Belval
au nom du comité ALONVERT,
pastorale sociale missionnaire,
 diocèse de Nicolet
et de la COACS
(Coalition pour une Action Citoyenne Solidaire)


C’est vrai, il y a urgence à changer nos comportements si l’on veut continuer de respirer de l’air pur, de boire une eau de qualité et de manger sainement. Mais avant de se demander comment changer des choses, posons-nous la question pourquoi. Qu’est-ce qui nous fait changer nos habitudes et nos comportements? Est-ce la peur ou l’amour?  La peur de la pollution ou l’amour de la nature?
Changer des habitudes par ce que l’on ressent intérieurement se fait facilement même avec enthousiasme parce qu’il y a un désir à protéger ce que l’on aime.
C’est devenu populaire et accrocheur de parler d’écologie, de développement durable et souvent même d’alarmer la population avec des prédictions pessimistes accompagnées d’images terrifiantes. Est-ce la meilleure façon de sensibiliser et d’interpeller nos attitudes de consommateurs et de citoyens responsables?

« …La peur est une mauvaise stratégie à long terme… » exprime André Beauchamp1 dans un article de la revue Relations de mars 2008. Il continue en disant : « Elle (la peur) n’engendre pas toujours des réactions saines. Elle mobilise à court terme. Elle inquiète, elle fascine. Mais elle exige constamment une accentuation de l’angoisse. Elle se nourrit de sa propre terreur… On ne sauve que ce que l’on aime. La pédagogie systématique de la peur mène à la violence ou à la désespérance. C’est pourquoi avant de dénoncer et décrier, il importe d’abord de développer l’amour de la nature, le sentiment de la beauté et de l’harmonie, le doux plaisir des choses… L’avenir de l’humanité ne dépend pas d’abord des prophètes désespérés et des dénonciateurs du mal. Il dépend avant tout des amoureux de la Terre et des humains capables de surmonter leur colère et leur angoisse…»

Pourquoi changer nos comportements par rapport à l’environnement? Parce que nous sommes « de la Terre » et non sur la terre. Parce que la Terre est notre unique demeure pour vivre, aimer et donner la vie. Parce que l’être humain que nous sommes est un être de relation; il nous est donc vital d’être liés les uns aux autres, d’être en amour. À cet effet, il va de soi de protéger ce que l’on aime, ce qui nous nourrit, ce qui nous fait grandir.

Alors que certains tombent en amour avec des choses qui paralysent et font mourir comme l’accumulation de richesses et de pouvoir, reconnaissons les milliers de cœurs ouverts au partage, à la solidarité et surtout au plaisir de « donner au suivant ». Non par peur mais par amour.

En ce qui concerne la nature, donner dans le sens de prendre soin de ce que nous avons reçu en abondance pour le remettre ainsi aux générations qui vont nous suivre.

Je conclus avec cette phrase de Jean Lemire2 dans son livre Mission Antarctique : « Nous continuerons de sensibiliser la planète pour que le changement enfante une vie nouvelle, plus respectueuse, plus responsable ».

Odette Laroche-Belval,
A
gente de pastorale,
paroisse Bon-Pasteur

1. Théologien et chercheur en environnement
2. Biologiste, marin et cinéaste