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Évêché, le 3 septembre 2008
UNE ANNÉE D’INSPIRATION PAULINIENNE
Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs,
Le pape Benoît XVI a choisi de consacrer à l’apôtre Paul une année
spéciale, du 28 juin 2008 au 28 juin 2009, à l’occasion du
bimillénaire de sa naissance, que les historiens situent entre 7 et
10 après Jésus Christ. En déclarant cette année jubilaire, le pape a
voulu rappeler que l’Église a besoin plus que jamais de témoins
semblables à l’apôtre Paul, d’hommes et de femmes saisis par l’amour
de Dieu, capables de donner leur vie pour le Christ.
FASCINÉ PAR LE CHRIST
Cette année jubilaire se déroulera de manière
privilégiée à Rome. Mais dans notre diocèse, elle aura l’avantage de
nous rejoindre dans notre mission d’évangélisation. Sans bousculer
le déroulement de notre année pastorale, ce jubilé sera une source
d’inspiration. Il nous encouragera à lire et méditer saint Paul, à
mettre nos pas dans les siens, à nous laisser conduire par l’Esprit
et entrer dans un dynamisme missionnaire porteur d’espérance. Nous
nous laisserons interpeller par ce pionnier de l’évangélisation, par
ce personnage fascinant qui nous donne le témoignage d’un homme dont
la vie a été totalement bouleversée par l’amour de Dieu.
L’apôtre Paul est un homme de feu, au cœur aimant, à la
foi vive, à l’espérance intrépide, un homme qui a fait l’expérience
d’une rencontre qui a bouleversé sa vie : «Je vis, mais ce n’est
plus moi, c’est le Christ qui vit en moi» (Gal 2,20). Paul, le
pécheur, le persécuteur, a fait l’expérience que Celui qui l’a saisi
est un Dieu qui aime inconditionnellement, qui aime sans mesure :
«Il m’a aimé et s’est livré pour moi» (Gal 2,20).
Au cœur de la vie de Paul, il y a désormais une passion,
la Croix de Jésus Christ! Le Dieu dont Paul fait l’expérience, est
un Dieu crucifié, un Dieu qui, par sa Croix, a montré jusqu’où va
son amour pour l’humanité, un Dieu qui s’est livré les bras ouverts
pour le salut de l’humanité. Et parce qu’il s’est abaissé jusqu’à la
mort, à la mort sur une Croix, il a pu nous relever, nous ouvrir un
chemin d’amour et de vie. Dès lors toute la vie de Paul a été un cri
adressé à tout homme, à toute femme : laisse-toi aimer par Celui qui
vient à ta rencontre, quelle que soit ta situation, laisse-toi
réconcilier avec Dieu, accueille l’Esprit qui fait de toi un enfant
bien-aimé du Père.
UN HOMME EN MARCHE
Les Actes des Apôtres, les Épîtres nous tracent à grands
traits le portrait de Paul, mais un trait domine : Paul est un
homme en marche! Alors qu’il est encore un zélé pharisien, il va de
ville en ville arrêter les chrétiens. Devenu chrétien, il poursuit
désormais sa route avec le Christ, sur mer, sur terre, nuit et jour,
à temps et à contretemps, libre ou enchaîné. Il témoigne que ce Dieu
qui l’a appelé, lui le persécuteur, ce Dieu appelle toute personne à
recevoir son amour.
Le chemin qu’il a parcouru est éloquent. Mais il ne se
berce pas d’illusions. Il ne prétend pas pour autant être arrivé au
but ni déjà devenu parfait. Il est en route. «Certes, je ne suis
pas encore arrivé, je ne suis pas encore au bout, mais je poursuis
ma course pour tâcher de saisir, comme j’ai moi-même été saisi par
le Christ Jésus » (Phil 3,12).
UN CŒUR DE PASTEUR
Missionnaire infatigable, Paul a donc parcouru des milliers de
kilomètres pour annoncer l’Évangile et des communautés sont nées.
Paul se révèle un pasteur qui prend soin de son troupeau avec
tendresse et autorité. Il ne se confie pas longuement dans ses
lettres mais cependant il est possible de percevoir ce lien de
profonde amitié qui l’unit aux communautés qu’il a fondées et qu’il
visite. Comme pasteur, il exhorte, il encourage, il fortifie. Aux
Thessaloniciens, il ouvre son cœur.
«Nous avons été au milieu de vous pleins de douceur, comme une mère
réchauffe sur son sein les enfants qu’elle nourrit. Nous avions pour
vous une telle affection que nous étions prêts à vous donner non
seulement l’Évangile de Dieu, mais même notre propre vie, tant vous
nous étiez devenus chers… Et vous le savez : traitant chacun de vous
comme un père, ses enfants, nous vous avons exhortés, encouragés et
adjurés de vous conduire d’une manière digne de Dieu qui vous
appelle à son royaume et à sa gloire» (1 Th 2,2-8. 11-12).
LA COMMUNAUTÉ, LIEU DE MUTUALITÉ
Il y aurait beaucoup à écrire sur les communautés de
Paul, mais en raison du thème de notre priorité pastorale, « Ayez
du cœur les uns pour les autres », il est éclairant de
souligner une expression omniprésente chez Paul, une expression qui
a l’air banale, mais qui exprime bien sa vision de l’Église : «les
uns les autres». Qu’il me suffise ici de citer deux
exhortations : «Soyez unis les uns aux autres par l’affection
fraternelle, rivalisez de respect les uns pour les autres» (Rm
12,10). «Soyez bons les uns pour les autres, ayez du cœur,
pardonnez-vous mutuellement comme Dieu vous a pardonnés dans le
Christ» (Eph 4,32).
Chaque membre a sa place dans la communauté, une place
particulière. Paul ne cesse d’insister sur l’importance de la
communion, de l’unité, de la charité fraternelle. Pourquoi une telle
insistance? Une question hante Paul : comment la vie des communautés
peut être la suite et le reflet de la vie du crucifié-ressuscité?
Elles le sont par l’amour mutuel, l’unité, la communion, le don
réciproque, le pardon… «L’expression «les uns les autres»
laisse entrevoir une Église de la mutualité, comme si la Bonne
Nouvelle de Jésus messie crucifié et ressuscité, faiblesse et folie
de Dieu, invitait à entrer, au moins entre disciples, dans une
dynamique sociale différente, exigeante mais innovante,
transformante mais risquée. Elle requiert de s’exposer à l’autre et
de le recevoir, chacun dans ses fragilités et ses forces; elle est
source et fruit de la confiance, les uns envers les autres». (Daniel
Cadrin, «Faire Église : entre constructions et relations», dans
Cette catéchèse qui bouscule, 2008, p.99).
À L’ÉCOLE DE PAUL
Quelle source d’inspiration! Aujourd’hui encore, c’est
l’heure de Paul… Pourquoi ne pas profiter de cette année jubilaire
pour développer une plus grande familiarité avec ce héraut de
l’Évangile ? Missionnaire, il est soucieux de porter la Bonne
Nouvelle de ville en ville. «Malheur à moi si je n’annonce pas
l’Évangile!» (1 Cor 9,16), véritable cri du cœur d’un homme séduit
par le Christ (Phil 3,12).
Pourquoi, cette année, ne pas ouvrir la Bible et lire
personnellement une lettre à la fois, au complet et sans hâte? Par
exemple, la correspondance de Paul avec les Corinthiens est
particulièrement intéressante, car les dossiers qui y sont accumulés
pourraient figurer avantageusement parmi les dossiers qui sont à
l’ordre du jour dans notre Église. De plus le Paul des lettres aux
Corinthiens est peut-être le plus facile d’accès et le plus
actuel.
Le Paul de la lettre aux Philippiens est aussi
très attachant. C’est le converti qui connaît le Christ, qui traite
le passé comme il se doit, qui répond à l’appel intérieur au
dépassement, qui s’élance vers l’avenir dans une espérance et une
foi sans faille. C’est aussi dans cette lettre que Paul nous livre
l’essence même de sa christologie, autrement dit de son Évangile de
la croix.
La lettre aux Galates peut, elle aussi, nous
interpeller car la question qui préoccupait les Galates est toujours
actuelle. On sait que Paul leur avait prêché la liberté chrétienne
mais la liberté peut faire peur… Bien sûr, la lettre aux Galates
n’est pas facile à lire à cause des sujets traités et de l’émotivité
de Paul. Mais une fois qu’on a compris la situation de crise vécue
par les Églises de Galatie, on peut saisir la richesse du message :
la justification par la foi en Jésus Christ et la liberté
chrétienne.
Ces quelques exemples montrent que les lettres de Paul
peuvent, aujourd’hui encore, éclairer notre cheminement de foi. Mais
il y a aussi place pour une démarche communautaire. Nombreux sont
les passages où l’apôtre livre ses perspectives d’une véritable
communauté chrétienne. Nos rencontres d’équipe, nos ressourcements
communautaires pourraient s’alimenter de son expérience. De façon
particulière les appels à la mutualité que nous lance l’expression «les
uns les autres», nous stimuleront à développer une véritable
expérience fraternelle. À elle seule, cette exhortation de Paul aux
Philippiens ne cesse de nous relancer.
«S’il est vrai que, dans le Christ, on se réconforte les
uns les autres, on s’encourage dans l’amour, on est en communion
dans l’Esprit, on a de la tendresse et de la pitié, alors, pour que
ma joie soit complète, ayez les mêmes dispositions, le même amour,
les mêmes sentiments; recherchez l’unité. Ne soyez jamais intrigants
ni vantards, mais ayez assez d’humilité pour estimer les autres
supérieurs à vous-mêmes. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé de
lui-même, mais plutôt des autres» (Phil 2,1-4).
Mes chères collaboratrices, mes chers collaborateurs,
j’ai peut-être été long. Mais il n’est pas simple d’aborder en
quelques pages une expérience aussi riche, aussi intense que celle
de Paul. Je souhaite simplement que ces réflexions aient suscité en
vous le désir d’approcher avec plus de profondeur ce témoin de foi
unique. En finale, sa mission, comme celle de tout baptisé, est
d’être serviteur, «serviteur du Christ Jésus» (1Rm 1,1) pour que son
nom soit connu de tous, et aussi serviteur des frères et sœurs
auxquels il a voulu s’identifier. « Nous ne sommes, nous, que
vos serviteurs, à cause de Jésus » (2 Cor 4,5).
En vous assurant de mon amitié « dans la tendresse
de Jésus Christ » je prie l’Esprit Saint de vous
accompagner tout au long de cette année paulinienne.
†
Raymond Saint-Gelais
évêque de Nicolet
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